Révélations, infos-intox, questions existentielles: les réponses au mystère !

 

Annoncer qu’on est graphiste, quand on vous demande ce que vous faites dans la vie, donne souvent lieu à une palette de réactions étonnantes. Et pourtant, à longueur de journées, entre internet, les films, les revues & magazines ou catalogues, chacun passe, sans en avoir conscience, infiniment plus de temps à « consommer du graphisme ».

À terme donc, ce qu’on a en permanence sous les yeux finit souvent par devenir invisible.

L’homme invisible & son mystère

De l’enthousiaste « C’est génial! » au plus circonspect « Et on peut en vivre ? », lorsque la conversation se prolonge, les choses sérieuses commencent. « Mais tu fais quoi exactement ? ». On en vient à expliquer que ce métier s’avère de plus en plus délicat à définir, car il est devenu énormément polyvalent. Un des intérêts majeurs selon moi, mais aussi une telle variété qui le rend insaisissable pour beaucoup. C’est ce qu’on va éclaircir dans la suite de cet article.

Graphiste = Artiste ?

Pour faire simple, la réponse est non, malgré quelques nuances que l’on pourrait préciser. Le rôle d’un graphiste, chaque jour, est de se mettre au service d’un client, son projet et son besoin. La création n’est pas dans le but de « s’exprimer » ni de produire une œuvre. Au début de tout, il y a la réflexion, et non pas l’inspiration ! Il répond à un brief, à un cahier des charges, à une problématique, à une demande. La majeure partie de sa journée est consacrée à gérer des contraintes d’ordre technique, celles du print ou du web, parfois les deux. Il s’agit de faire preuve d’une rigueur peu soupçonnée.

Derrière cet aspect technique méconnu, il existe également une part de travail assez impalpable. Un graphiste sait quand une affiche ou un logo fonctionne ou ne fonctionne pas. Parfois il est en mesure de l’expliquer, parfois moins. Ce regard est avant tout fondé sur des connaissances concrètes couplées à une expérience acquise au fil des années.

Cette zone particulière du métier qui mélange savoir et intuition est souvent confondue avec la subjectivité. D’où parfois quelques malentendus entre un graphiste et son client, qui ne parleront pas toujours exactement la même langue. Dans la mesure où chacun est doté d’une subjectivité, certains vont jusqu’à se convaincre que tout le monde pourrait être plus ou moins graphiste… avec les conséquences désastreuses que l’on connaît.

Répondant à des enjeux bien concrets et à une demande extérieure, le graphiste est donc plutôt un « créatif », ce qui est plus représentatif de ce cocktail si particulier.

Graphiste = Informaticien ?

Là encore, la réponse est non. Certes, depuis longtemps déjà, le graphiste utilise l’ordinateur comme outil de travail, souvent de façon intensive. De plus, une partie importante de ce monde si mystérieux de la création graphique se consacre désormais, pour les plus polyvalents, à la réalisation de sites internet. Il a bien fallu acquérir un certain nombre de connaissances en la matière. Comprendre comment fonctionnait internet, ce qu’était un serveur, une base de données, comment se construisait un document HTML, un fichier CSS, etc. La proximité avec nos amis informaticiens (appelés développeurs aujourd’hui) s’est encore accrue. Le numérique n’est plus seulement notre outil mais également couramment la destination de notre travail. Voilà qui a de quoi créer de sérieuses ambiguïtés.

Plus généralement, on a tendance à réduire un métier à l’outil qu’il utilise. Ainsi, pour beaucoup, « connaître Photoshop » vous transforme en graphiste, tout comme l’ordinateur en informaticien. Certaines formations utilisent d’ailleurs cet angle d’attaque et font de vous un graphiste « en 15 heures »: ce qui est juste totalement impossible. Aussi riche et puissant que Photoshop soit, cela n’est qu’un outil. Il est probable qu’annoncer des formations à la typographie, aux règles de composition, à la langue française, à la colorimétrie, aux techniques d’impression, s’avérerait moins vendeur. Autrement dit, l’acquisition d’une clé à molette ne fera jamais de vous un mécanicien automobile. Tant que vous ne connaissez pas parfaitement chacune des pièces qui constituent un moteur, l’outil n’est pas d’une grande utilité. Un graphiste c’est toute une palette de compétences.

Prenons un peu de recul. Il y a seulement 30 ans, internet n’existait pas, du moins pour le grand public. Quant aux ordinateurs personnels, ils n’en étaient encore qu’aux prémices. Et pourtant, phénomène étonnant, les graphistes avaient déjà leur place. Ils maniaient les images, les typographies, les couleurs. Ils œuvraient déjà dans la publicité, le monde de l’édition, le design. Il créaient des affiches ou des pochettes de disques dont certaines ont marqué durablement les esprits. Avec le temps, les outils changent, les supports évoluent, mais les fondements de la discipline restent les mêmes.

Alors, graphiste qui es-tu ?

Si on devait donner une définition concise du métier, alors tout simplement : le rôle du graphiste est de rendre un message le plus lisible et accessible possible. Ce qui peut certes convoquer la notion d’esthétique, mais pas uniquement et rarement de manière prioritaire. Beaucoup restent convaincus qu’on fait appel à un graphiste quand on souhaite « faire joli ». L’étape suivante de cette croyance étant d’ailleurs « qu’on peut très bien s’en passer car nos clients n’ont pas besoin de ça ». Mais il s’agit d’un autre débat.

Regardons de plus près comment le graphiste travaille.

1. Le début, c’est le tri

À chaque étape du processus de création, démêler le chaos afin d’en tirer une hiérarchisation de l’information, sémantique et stratégique. Beaucoup de choses sont importantes aux yeux du client comme le nom de l’entreprise, le cœur de cible à laquelle il s’adresse, le positionnement tarifaire des produits, la liste est longue ! Sauf que cela ne ressemble à rien tout étalé comme ça sur la table, et ça ne sera sûrement pas votre communication. Le destinataire de votre communication n’y consacrera que quelques instants. On parle d’ailleurs souvent de la « règle » des 3-10-30 : 3 secondes pour l’information principale (un festival par exemple), 10s pour les précisions secondaires (lieu, date, heure), et 30s s’il s’attarde à lire les derniers détails.

D’où l’importance de la hiérarchisation. Il faut faire en sorte que votre cible comprenne votre activité si elle ne devait retenir qu’une chose. Puis 2, 3 et ainsi de suite. Répondre à des questions parfois naïves d’un graphiste avec un regard extérieur est bénéfique, car cela constitue une prise de recul sur lui-même pour le client.

2. Le problème des prestataires spécialisés

Faire l’impasse sur cette démarche, c’est malheureusement contre-productif. Car confier, par exemple, un site internet à un prestataire ne créant exclusivement des sites hôteliers, c’est entrer dans un processus de « réalisation à la chaîne », sans réflexion ou adaptation à votre cas spécifique, sur le fond comme dans la forme. C’est toujours un échange entre graphiste et client : le premier interrogeant le second sur son activité, ses motivations et attentes; faisant des suggestions quand cela s’avère nécessaire.

3. Sortez les pinceaux, enfin la souris

Viens le temps de l’organisation visuelle d’un document. Toujours le maître-mot de hiérarchie: trier, sélectionner, éliminer. Toutes les informations ne doivent pas être organisées sur un même plan. Chaque élément doit trouver sa place de manière juste dans la « grille », en arrivant au bon moment et de la bonne manière, de façon cohérente avec ses voisins. Il faut donner du rythme pour rendre « vivant » le support, comme en musique avec des temps forts et des silences.

On peut ensuite passer à la dimension esthétique : couleurs, textures, polices de caractères. La cerise sur le gâteau, une fois que l’on a construit une base solide. Voilà sans doute la différence entre une réalisation improvisée et celle d’un professionnel expérimenté ! L’esthétisme est l’étape finale et non le début. Jouer avec couleurs, textures, effets – comme ce logo dessiné par un ami, dissimule un manque de réflexion et de maîtrise des règles élémentaires : on a la cerise mais pas le gâteau ! Bien dommage n’est-ce pas ?

Votre image vous représente: ce n’est ni un luxe ni un gadget, mais d’une condition rédhibitoire de votre crédibilité et d’un atout de développement réel !

4. « Atta-chiant »

Le rôle fondamental du graphiste est de produire des documents plus rigoureux que ceux que l’on voit trop souvent circuler. Comme évoqué précédemment, avant esthétisme, le graphiste pensera règles, normes et contraintes; et cela aura tendance à aller à l’encontre de vos réflexes et idées reçues.

Oui, « monsieur » n’est pas abrégé en « Mr ». Les jours ne prennent pas de majuscule en France. Les capitales aiment aussi les accents, mais détestent être collées toutes ensemble dans une phrase qui ne sera pas plus lisible bien au contraire. Non, on ne fait pas 4 logos en une heure. Une carte de visite n’est pas plus simple à composer au prétexte de son format réduit.

Le graphiste veut votre bien. Il met tout en œuvre pour que votre site internet, votre plaquette ou vos catalogues reflètent la meilleure image possible de vous et votre entreprise. Tout en vous préservant des erreurs commises par des concurrents dont vous aller démarquer !

Magie es-tu là ?

À l’image de la « baguette magique » de Photoshop, le graphiste possèderait des outils magiques qui lui permettraient de réaliser des prouesses en un claquement de doigt. Nous connaissons tous des vidéos, en accéléré, montrant des retouches spectaculaires ou des réalisations complexes. Mais il ne faut pas oublier qu’il s’agit d’un expert chevronné, d’un travail préparé à l’avance et réfléchi. Bien qu’évidente au visionnage, l’accélération conserve l’effet pervers de ne pas rendre compte de la durée réelle du travail effectué, pour un effet « wahou » garanti. Il ne suffit pas d’appuyer sur un petit bouton pour qu’une image floue devienne nette comme à la TV !

Autre malentendu: croire qu’un graphiste, avec ses logiciels et ses super-pouvoirs, va effectuer beaucoup rapidement et facilement certaines tâches auxquelles vous vous êtes frottés. Faux ! Il vous a fallu 24h pour faire votre « plaquette », il lui faudra plusieurs jours. C’est pas pour autant que le graphiste serait du genre feignant ! Le fait est que notre travail consiste à prêter attention et consacrer du temps à mille détails dont vous ignorez l’existence : élaboration de la grille de mise en page, tests de nombreuses polices de caractères (pour un choix réduit à 3-4), réalisation de pictogramme et visuels non « empruntés » sur internet… Il veille au « gris typographique », l’équilibre visuel de vos textes, la cohérence graphique de tous vos supports de communication.

Il faut se méfier des visions réductrices qu’on a souvent des métiers que l’on connait peu. Un boulanger ne pétri pas de la pâte à longueur de journée, l’hôtelier ne se contente pas de faire des lits au carré, un comptable ne fait pas que des additions et des soustractions… Pour le graphiste, il lui faudra accomplir un ensemble de tâche qui vous sembleraient fastidieuses et abstraites pour parvenir à un résultat professionnel. Sur un site internet correctement effectué, 90% du travail est tout simplement invisible.

Un mot de conclusion

Tous ces « petits détails » dont le graphiste doit prendre soin, mis bout à bout, vous emmènent loin des terres arides de la communication bricolée. C’est une politesse que vous devez à vos clients, mais aussi le moyen efficace de vous distinguer de votre concurrence. Ce qui importe vraiment, c’est le bénéfice que vous pouvez en attendre. Car la communication est un investissement que vous souhaitez faire pour votre image de marque.